Iran : Rendez vous en terre inconnue à Tabriz

Quand on imagine l’Iran, on se repasse en tête les souvenirs des reportages vus à la télévision. On pense à un pays en guerre perpétuelle où sévit le terrorisme : le fameux « axe du mal » de George W. Bush.

« Quoi ?! Tu vas en Iran ?!!! Mais tu es complètement dingue ! Tu n’as pas vu les vidéos où ils égorgent des Occidentaux ??? »

On imagine une population totalement manipulée par les mollahs, les femmes soumises cachées dans de grands voiles noirs qui ne laissent paraître que leurs yeux.

En somme, on visualise un pays dangereux et inhospitalier où il ne fait pas bon aller.

Notre aventure iranienne nous a démontré à quel point ces préjugés étaient faux et stupides.

 

Existe-t’il un pays plus accueillant que l’Iran ?

Notre première impression de l’Iran est mitigée : le contrôle frontalier. Arrivés à la frontière à 3 heures du matin, nous n’en repartirons que 7 heures plus tard.

Le Trans asia express qui relie Ankara à Teheran passe par Tabriz

Le Trans Asia express

Le ferry du lac Van en Turquie pour aller en Iran

Ferry du lac Van

La cause ? Le contrôle minutieux de tous les bagages des Iraniens du train par un seul officier assermenté. En revenant de Turquie, certains auraient pu être tentés de ramener des produits illicites comme de l’alcool… Heureusement, toutes les bières avaient été terminés dans le ferry en Turquie.

 

Tabriz, premières rencontres et coup de foudre

Nous atteignons finalement Tabriz, dans le nord ouest du pays, en début d’après-midi.

Fatigués et fébriles, nous ne savons pas du tout à quoi nous attendre. Pour notre tour du Monde, nous avons fait le choix de ne pas emporter de guide de voyages. Du coup, nous ne connaissons absolument rien des us et coutumes iraniennes.

ruelles de la banlieue de Tabriz

Heureusement, nous avons la bonne idée de retenter le Couchsurfing.

A la descente du train, nous sommes donc accueillis par Adel qui a accepté de nous héberger pendant 4 jours. Content de nous rencontrer, il nous sert la main avec énergie. Puis, aussitôt, il se penche vers Claudia : “Avec moi ça va, mais fais attention, en Iran, les femmes ne peuvent pas toucher les hommes. Il faut que tu les salues de loin.“

Après nous avoir expliqué cette règle de base, Adel nous invite à monter dans sa voiture pour pouvoir déposer nos affaires chez lui. Sur la route, il s’arrête à tous les coins de rue pour nous présenter à ses amis, à sa famille, au voisinage. On nous salue chaleureusement et on nous souhaite la bienvenue. Quel accueil !

En Iran, les touristes sont rares. Du coup, dès qu’il y en a dans les parages, c’est la grande fête.

On atteint finalement un petit village en périphérie de Tabriz. À 29 ans, Adel habite toujours chez ses parents. A cause de l’embargo international, la plupart des jeunes Iraniens ne peuvent pas prendre leur indépendance. Les offres d’emplois se font de plus en plus rares et les salaires sont très bas.

 

accueil des habitants de Tabriz

La maison de ses parents se situe dans une ruelle. Derrière la porte d’entrée se trouve une petite pièce où l’on doit se déchausser. Adel nous conduit à l’étage. Il ouvre une porte et nous présente notre chambre. Un chauffage à gaz diffuse une chaleur agréable qui contraste avec les -15°C de dehors. Des géraniums et un citronnier apportent de la verdure à la pièce. Et pourtant quelque chose cloche : il n’y a aucun meuble, juste un grand tapis au sol. Pas de lit ?! A-t-on bien entendu « chambre »?

Adel nous informe que le repas est prêt, sa famille nous attend en bas. Aujourd’hui est un jour spécial : c’est vendredi. Le vendredi est le jour chômé en Iran, toutes les familles en profitent pour se retrouver et manger ensemble.

repas traditionnel en Iran : à Tabriz on mange un repas de roi

En Iran, la famille qui nous accueille à Tabriz nous organise un véritable festin

 

Tout comme la chambre, la salle à manger est équipée d’un chauffage à gaz et d’un tapis au sol. Il n’y a pas de table, pas de chaise, nous mangeons tous assis par terre autour des plats placés sur une nappe au centre de la pièce.

La mère d’Adel nous a préparé un véritable repas de fête. Au menu :
– de la soupe de légumes et de blé (“ash“)
– du riz safrané mélangé à des graines de grenade séchées
– des brochettes de viande avec des légumes
– du yaourt salé (pour manger avec la viande)
– des légumes marinés dans du vinaigre (“torchi“)

La mère d’Adel insiste tout particulièrement pour que nous goutions à sa spécialité, le plat typique de la région de Tabriz : le “Koofte“ (une sorte de gâteau à base de viande et de pois-chiche).

Rien de tel que la “cuisine de maman“ pour découvrir la gastronomie iranienne. C’est un véritable délice !

On termine le repas par des fruits et, bien évidement, du thé ! Nous prenons un carré de sucre et le mettons machinalement dans notre tasse. Malheureusement, il n’y a aucune cuillère pour mélanger. Curieux, on regarde discrètement comment les autres vont se débrouiller. Le père d’Adel prend alors un morceau de sucre, le coince entre ses dents et sirote ensuite son thé. Les autres convives l’imitent. C’est donc comme ça qu’ils font ici…

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boire le thé en Iran : la famille de Tabriz nous fait montre comment le thé est bu

un sucre coincé entre les dents et on boit !

 

A la découverte des merveilles touristiques de Tabriz

Après notre première nuit sans lit, nous nous réveillons aux alentours de 9 heures. Adel est déjà prêt, une grosse journée nous attend. Il souhaite nous faire visiter les plus beaux endroits de Tabriz.

Pour se rendre en ville nous devons prendre le bus. Nous nous rendons à l’arrêt et, quand le bus arrive, Adel explique à Clo qu’elle doit monter à l’arrière. Clo s’étonne mais s’exécute. Une fois à l’intérieur, elle comprend : l’arrière du bus est réservée aux femmes. Il y a même une grande barrière pour empêcher les femmes et les hommes de se mélanger.

Bus en Iran : à Tabriz en découvre que les femmes et les hommes sont séparés

Clo se retrouve donc toute seule au milieu de femmes voilées qui la regarde avec étonnement. Très vite, l’une d’entre elles prend la parole. Elle s’exprime d’abord en farsi, mais voit que Clo ne comprend pas. Elle tente alors de savoir, dans un anglais très approximatif, qui nous sommes. A chaque réponse de Clo, la femme se charge de faire la traduction à ses voisines. Très vite, une ambiance amicale s’installe. Les questions fusent : Est-on marié ? A-t’on des enfants ? François Hollande ?…
Le temps d’un trajet, grâce au langage des mains, Clo et les femmes ont pu échanger sur leur culture.

Nous arrivons à notre première destination, l’immanquable bazar de Tabriz. Des milliers de minuscules échoppes se suivent dans un couloir étroit. Tout est organisé par quartiers : tout d’abord la nourriture, puis l’artisanat, les tapis et enfin les bijoux…

Nous sommes époustouflés par l’architecture incroyable de ce lieu classé au patrimoine mondial de l’UNESCO !

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Bazar de Tabriz est magnifique !

Le bazar de Tabriz est un véritable labyrinthe !

 

Notre deuxième visite est le palais municipal, surnommée la tour Saat (tour de l’horloge).

On y trouve deux petits musées : l’un concernant la ville et l’autre les tapis.

On a la surprise de découvrir des anciennes affiches en français. L’Iran était jadis un pays libre et très francophile. Dans le langage actuel on retrouve des traces de ce passé : par exemple, pour remercier en farsi, on peut dire tout simplement « merci ».

Tabriz est une ville célèbre pour les tapis

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Pour finir, nous nous rendons à la mosquée bleue. A l’origine, elle était entièrement bleue, mais un tremblement de terre l’a presque complètement détruite. Les travaux de restauration nous permettent tout de même de nous faire une idée sur sa splendeur passée. Par endroit, on distingue encore les 4 tons de bleus utilisés et les paillettes d’or.

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Le Dizi, un véritable délice

Nos visites terminées, il est déjà 16 heures. Le temps est passé si vite ! On est totalement affamé. Adel nous amène dans le quartier des magasins de parquets où travaille un de ses copains. Alors qu’on s’attend à aller au restaurant, Hussein nous prépare du thé. “Hé oh les gars ! On mange quand ??!!“

Au bout de quelques minutes, un homme arrive à vélo. Il porte un plateau sur lequel 4 petits récipients et une montagne de pain sont posés. C’est du “Dizi“ (ou “Ab Gousht“). À première vue, rien d’extraordinaire : une sorte de ragoût de pois chiches et de graisse.

Le Dizi se mange en deux étapes. D’abord on verse le jus du ragout dans un bol. On y ajoute des bouts de pains pour qu’ils absorbent entièrement le liquide. Et on avale le tout avec une cuillère.
Ensuite, on verse les légumes et la viande dans une assiette, et on écrase avec un pilon jusqu’à obtention d’une purée compacte qu’on mange posée sur du pain.

Un pur délice ! Sans doute notre plat iranien préféré ! Et en plus très économique : pour 4 portions et 4 cocas (oui oui, il y a bien du Coca Cola en Iran), l’addition s’élève à 4 euros, soit 1 euro par personne !

Dizy

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Le temps du repas, la nuit est déjà tombée. Un ami d’Hussein vient nous chercher en voiture. Il est tout fier de nous faire monter dans sa Renault toute neuve (en fait une Dacia). Pour rigoler, Clo demande si on peut aller dans un bar pour boire et écouter un peu de musique.

En Iran, tout est fait pour restreindre l’amusement, surtout pour les jeunes. Et pourtant, quand tout est interdit, tout est prétexte a rire. Il n’existe pas d’endroit pour passer du temps ensemble et danser ? Ce n’est pas grave ! Nous improvisons une boîte de nuit à 5 dans la voiture. Autoradio au niveau maximum, tout le monde chante, danse et se défoule. Adel en profite pour donner une nouvelle consigne à Clo. Dans la rue, les femmes n’ont pas le droit de chanter et danser.

Avant de rentrer chacun chez soi, nous nous baladons tranquillement en discutant au bord d’un étang. Nous en profitons pour immortaliser cette belle journée passée ensemble. Portés par un élan d’euphorie, nous voilà alors lancés dans une séance de photos délirantes.

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Loin du pays effrayant véhiculé par nos médias, on a l’agréable surprise de rencontrer des Iraniens très ouverts sur le monde. Ils sont souriants, accueillants et curieux. C’est pour passer du temps avec des gens comme Adel, ses amis, sa famille, son voisinage, qu’on a voulu voyager.

bye

Ce tour du monde promet d’autres merveilleuses rencontres.

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A bientôt

Clo & Clem

8 comments

  1. Tatiana

    C’est merveilleux !! Ca donne vraiment envie de « rencontrer » ce pays dont au final on ne connait pas grand chose !!! Merci à vous deux de nous faire découvrir ses merveilles du monde (et à toutes les personnes que vous rencontrez !!)

  2. Jipe

    Un bien beau récit et qui donne en effet, une bonne claque aux préjugés. Reste que l’on voit tout de même pas mal de restrictions, surtout en public…

  3. Adel

    I couldn’t get what did you write here!!! :))
    Anyway I love you Clo et Clem and I hope to see you again! You were so welcome to Tabriz, Iran! 🙂
    ( I would strongly love to read your article in English too! But I wish I knew French to read it in origin! )

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