Iran : Visiter Isfahan et Persepolis… et se retrouver dans le lit d’un Afghan

Persepolis - Isfahan : Sur la place Naghsh-e Jahan à Isfahan devant la Mosquée du Chah

Nous décidons de partir pour le sud de l’Iran alors qu’il ne nous reste plus que 4 jours avant de devoir franchir la frontière du Turkménistan (au nord). 4 jours pour visiter Isfahan et Persepolis, c’est très court, trop court. Mais nous n’avons pas le choix. Depuis que nous sommes arrivés en Iran, tout le monde nous répète que ce sont des sites immanquables. Nous troquons donc pour quelques jours nos casquettes de backpackers pour revêtir le costume de touristes en quête de beaux monuments à visiter. Isfahan est notre première étape. C’est l’ancienne capitale de la dynastie des Safavides (de 1501 à 1732). Elle regorge de magnifiques palais et d’incroyables mosquées.

 

Isfahan, la magnifique

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La place centrale Naghsh-e Jahan est classée patrimoine mondiale de l’UNESCO. C’est une des plus grandes places au monde, 160 mètres de large sur 500 mètres de long : juste immense ! Mais pourquoi faire une place si grande ? Tout simplement pour servir de terrain de polo pour le souverain de l’époque. Les buts sont d’ailleurs encore présents de chaque côté de la place.

Iran Persepolis et Isfahan : La place Naghsh-e Jahan

À gauche c’est le palais d’Ali Qapu et à droute c’est la Mosquée du Sheikh Lutfallah (Masjid-i Sadr)

On trouve autour de la place Naghsh-e Jahan : le palais Ali Qapu, la mosquée Shaykh Lotfollah (dite « la mosquée des femmes »), et surtout la Grande et majestueuse Mosquée du Shah.

Visiter Persepolis et Isfahan : Mosquée du Chah à Isfahan

Isfahan et Persepolis : vue du dôme de la mosquée à isfahan
Mosquée du Chah à Isfahan : visiter Persepolis et Isfahan

A Isfahan, tout est dans la démesure. Le palais de Chehel Sotoun ne déroge pas à cette règle.

La pièce principale de ce bâtiment de 60 mètres de haut est entièrement recouverte de peintures murales. On se croirait plongés directement dans les contes des milles et une nuits.

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Nous terminons notre journée de visites par une balade le long de la rivière Zayandeh roud. Isfahan compte un total de onze ponts. Le plus connu est une véritable œuvre d’art : c’est le pont Si-o-se Pol.

Il a été construit vers 1602, il fait 300 mètres de long et contient un total de 33 arches. Malheureusement, depuis deux ans, la rivière est complètement asséchée et le panorama depuis le pont a perdu de son charme.

visite du pont principal d'Isfahan juste avant le départ pour Persepolis

Pont Isfahan avant le départ pour Persepolis

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Shiraz, l’antique

Portes d'entrée de Persépolis

les portes d’entrée de Persepolis

Après notre visite éclair des merveilles d’Isfahan, on rejoint Shiraz, la ville moderne à proximité des ruines de Persepolis. Shiraz étant au sud de l’Iran, nous sommes persuadés que nous allons avoir du beau temps et des températures bien plus agréables qu’à Téhéran ou Tabriz. Quelle erreur ! Dès la descente du bus, un vent glacial et des flocons de neige nous fouettent le visage. Nous ne nous décourageons pas pour autant et nous prenons aussitôt un taxi pour combler les 70 kilomètres qui nous séparent de Persepolis.

Persepolis, qui signifie « la cité Perse », a été construite par Darius Ier pendant l’empire des Achéménides (autour de 500 avant J-C). Contrairement à Ephésus en Turquie, Persepolis n’est pas véritablement une ville. C’est une succession de constructions monumentales qui servaient de centre administratif et politique pour l’Empire Perse.

 

devant Persépolis

tempête de neige à Persepolis

Près de Persepolis, nous découvrons Naqsh-E Rostam, un site archéologique qui regroupe quatre tombes royales des empereurs achéménides : les tombes de Darius Ier, Xerxès Ier, Artaxerxès Ier et Darius II … Creusé directement dans la montagne, décoré de bas reliefs, le site est vraiment impressionnant. Ça nous fait penser un peu à Petra, en plus petit tout de même…

Près de PersepolisNaqsh-E Rostam

 

Une tempête de neige qui change tout

À notre retour en ville, la neige ne s’est pas arrêtée. Bien au contraire. Alors que nous montons dans le bus qui nous ramène à Téhéran, le chauffeur fait descendre tous les passagers. La route est bloquée par la tempête de neige et tous les bus sont annulés. “Quoi ?! Plus aucun bus ?!!!!! Mais nous devons aller à Téhéran pour regagner ensuite la frontière du Turkmenistan !“ Tous nos plans s’écroulent d’un coup. Notre visa se termine et nous n’avons plus assez d’argent sur nous pour payer une nuit d’hôtel supplémentaire. Problème d’autant plus grave qu’il est absolument impossible de retirer de l’argent avec une carte bleue étrangère depuis l’Iran…

Alors que nous commençons à paniquer, un groupe se forme autour de nous. Un homme parle à un autre homme, qui parle à un autre homme… Au moment où Clo se met à pleurer de désespoir, un monsieur de petite taille s’avance vers nous.

« Vous voulez venir chez moi ? »

Clo, croyant être face à un arnaqueur, éclate en sanglots. Le monsieur insiste.

« Je suis d’Afghanistan, n’ayez pas peur. »

 » D’Afghanistan ???!!!! En quoi est-ce rassurant ?? »

Il continue.

« Venez chez moi. Il y a ma famille, nous avons une grande maison ».

Pourquoi un inconnu insiste autant pour qu’on vienne chez lui ? Nous n’avons rien demandé. Cet incroyable geste de gentillesse nous déconcerte totalement. Mais il semble être vraiment sincère. Alors qu’il nous présente à sa femme et ses beaux parents pour nous rassurer, nous acceptons finalement. Nous montons tous dans un taxi pour rejoindre leur maison. Nous profitons du trajet en voiture pour faire connaissance avec nos hôtes.

Mohammed Ali, 29 ans, et Leila, 24 ans, sont mariés depuis 14 ans ! Ils travaillent tous les deux comme couturiers. Arrivée à destination, alors que nous demandons à payer, nous nous rendons compte que le chauffeur était également un passager du bus annulé. Voyant notre désarroi à la gare, il s’est arrangé avec Mohammed Ali pour pouvoir nous conduire en voiture. Evidemment, il refusera catégoriquement notre argent pour la course.

Nous suivons alors notre petit couple d’Afghans dans les ruelles de leur quartier. Ils nous invitent à entrer chez eux, une immense maison dans laquelle Mohammed Ali loge sa sœur, le mari de sa sœur, ses deux petites nièces et son atelier de couture. Il est déjà très tard, mais les règles de l’hospitalité sont sacrées : nous voilà donc en train de déguster des fruits et à boire du thé à 1 heure du matin. Mohammed Ali est le seul qui parle un peu anglais. Il nous explique qu’ils sont en Iran depuis une dizaine d’années, leurs familles ont fui la guerre et les Talibans.

Petit à petit, il nous révèle la place des Afghans en Iran. En tant que réfugiés, ils n’ont pas le droit d’avoir un passeport, ils n’ont pas le droit de passer le permis de conduire et ils n’ont pas le droit de quitter le territoire. Pourtant, la majorité de leurs frères et sœurs sont à l’étranger : l’un est en Suède, un autre aux USA, puis encore un en Australie… Comment est-ce possible ?! Nous découvrons alors que ses plus jeunes frères et sœurs ainsi que sa mère ont été pris en charge par l’UNICEF et envoyés dans des pays occidentaux pour y être scolarisés. A l’âge de 14 ans, trop vieux pour pouvoir bénéficier de l’aide de l’UNICEF, il s’est retrouvé seul avec sa femme et sa petite sœur. Pour survivre, il a vendu tous ces biens (dont son alliance) et a investi dans une machine à coudre. 15 ans plus tard, il gagne très bien sa vie. Sa motivation, son sérieux et sans doute sa générosité, lui ont permis de s’en sortir.

Après le thé, il sort d’un meuble un ordinateur portable dernier cri. Il a du mal à s’en servir mais il veut absolument que nous appelions nos parents par Skype pour pouvoir les rassurer. Pendant que Clem tente en vain de se connecter à Skype, Clo engage la conversation avec Leila. Celle-ci ne parle pas du tout anglais mais Clo est devenue une experte du langage des mains. En quelques secondes, une véritable complicité s’installe entre elles et Leila ne tarde pas à sortir l’album photos pour nous montrer leurs photos de mariage.

cuisine

Au bout d’un certain temps, Mohammed Ali regarde sa montre et se rend compte que nous sommes au beau milieu de la nuit. Il sort alors de la pièce et revient quelques minutes plus tard avec des habits sous le bras. C’est avec fierté qu’il nous propose de porter en guise de pyjamas les habits qu’ils ont confectionnés. Comment refuser pareil honneur ?

Puis, il demande à Clem de le suivre dans la pièce voisine. En hiver, seules deux pièces sont chauffées. Or, nous sommes trois couples. Pour respecter la religion, la seule configuration possible est donc : les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre. Notre première nuit l’un sans l’autre….

Le lendemain, Leila nous prépare un petit déjeuner et un déjeuner gargantuesque pendant que Mohammed Ali se rend à la gare pour vérifier que la route pour Téhéran a été réouverte. La neige ayant cessé de tomber, nous pouvons finalement prendre un bus en direction du Turkmenistan. Au programme : plus de 2 000 kilomètres de bus à faire en moins de 48 heures…

Bus depuis Teheran pour aller à Isfahan et Persepolis

Nous montons pourtant dans le bus avec le sourire. La veille, alors que nous étions complètement désespérés, nous étions loin de nous douter de ce qui allait suivre : être accueillis dans une famille Afghane comme s’il s’agissait d’une partie de notre propre famille. C’est incroyable !

A bientôt

Clo & Clem

8 comments

  1. Marion

    Waouh, votre séjour en Iran est exceptionnel ! Votre rencontre avec cette famille Afghane est très belle, et leur histoire est émouvante.
    J’espère que vous allez continuer à faire d’aussi belles rencontres !

  2. AnneBZH29

    Une étape, une rencontre…. Vous allez revenir avec un carnet d’adresse blindé !!!
    Vous nous prouvez que le Monde n’est pas rempli que d’égoïstes et de gens malhonnêtes.
    Vous nous rassurez sur la nature de l’Homme : pas si mauvaise que ça en fin de compte … ^^

  3. Sarah De Picpus

    Quelle aventure!!!
    Je n’aurais pas osé dormir chez des inconnus…
    Votre tour du monde est synonyme de rencontres extraordinaires et émouvantes.

  4. françois couprie

    C’est une expérience magnifique, la raison pour laquelle on aime les voyages et il s’agit d’un vrai voyage comme je les aime. Je remarque d’ailleurs, très souvent, que c’est lorsqu’on est confronté à des problèmes qui perturbent les plans initiaux du voyage qu’on est amené à vivre de belles expériences.
    D’autre part, on se rend compte que dans les pays du moyen orient et du proche orient l’accueil n’est pas un vain mot et qu’il ne faut pas juger leurs habitants d’après les commentaires souvent négatifs des médias qui rendent compte d’une situation politique et qui nous ferait croire qu’il n’y a que des barbares et des terroristes dans ces pays alors que les gens n’aspirent qu’à être heureux et à vaquer à leurs activités quotidiennes ordinaires.

    • Clo & Clem
      Author

      On ne saurait que trop être d’accord avec votre commentaire 🙂 Et c’est ce qu’on essaye de montrer dans nos articles et dans nos videos. Qu’importe l’endroit du monde, les gouvernements en place, les guerres en cours, l’immense majorité des gens n’aspirent qu’à une vie paisible.

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