Trek de Kapisillit à Nuuk, épisode 2 : passer d’Into the Wild à sauver Willy – ou Clo, au choix

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Jours 2 et 3 : Comment passer de « On a survécu à notre première journée de trek, on peut bien survivre à cette petite pluie » à « Appelle un hélicoptère pour qu’il nous évacue, je veux rentrer !! »

Notre première nuit en pleine nature se passe sans problème. On est réveillé par des grattements contre la paroi de notre petite hutte. Les yeux encore fermés, le cerveau à moitié endormi, on pense entendre un ours polaire ! Finalement, ce ne sont que des oiseaux…

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Ça promet !

Après avoir englouti un bol de porridge bien nourrissant, nous reprenons la route. Nous traversons un marécage et arrivons sur un nouveau bras de mer. La vue est tout simplement magnifique.

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Comme on nous avait prévenus, la montagne est pleine de hauts buissons dans lesquels il est très difficile de progresser. On profite de la marée basse pour descendre sur la plage. En marchant sur les rochers, on avance beaucoup plus vite. La prochaine hutte n’est pas très loin, nous prenons notre temps et nous nous offrons même le luxe de faire quelques pauses thé.

 

Le soir tombe petit à petit et nous arrivons à l’emplacement de la hutte. Seul problème : il n’y a pas ou plus de hutte.

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Nous cherchons partout, sans succès. Nous avons une tente dans le sac mais les broussailles et les marécages occupent tout le terrain.

Dépités, nous devons continuer à marcher pour trouver un abri. Les minutes se font longues, le soleil a disparu depuis longtemps derrière la montagne. La fatigue commence à nous accabler.

Au bout d’une heure supplémentaire de marche, nous tombons sur un ponton et un campement constitué de plusieurs bâtiments de différentes tailles. Deux hommes sont occupés à décharger un bateau. On leur explique notre problème et ils nous invitent à rester dormir avec eux.

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Alors que nous demandons où nous pouvons poser notre tente, Hans, le gardien inuit du campement, nous attribue une petite hutte en retrait pour la nuit.

Nous retrouvons ensuite l’autre homme à l’entrée du bâtiment principal. Il nous prévient :
« – A l’intérieur, il y a 20 élèves surexcités par votre venue.
– 20 élèves ? »
Oui, une classe de 18 filles et 2 garçons, âgés de 10 et 11 ans. Ils sont là en sortie scolaire pour une semaine. Au programme : pêche, cueillette de baies, baignade (Oui oui ! Les enfants adorent se baigner dans les eaux glacées du fjord !), jeux et feux de camp.

À peine rentrés, des doigts se lèvent comme à l’école et les questions fusent pour savoir qui nous sommes et ce que nous faisons au milieu de nulle part. Après quoi, on nous sert une pizza géante préparée par les enfants.

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Quel sentiment étrange ! Il y a quelques minutes, nous étions perdus en pleine nature et nous voici au chaud dans un bâtiment moderne, avec l’électricité toute la journée, fournie par un générateur à pétrole.

Avant d’aller se coucher, les enfants nous invitent autour d’un grand feu de camp. Armés d’un long bout de bois, nous faisons griller des chamallows en écoutant l’un des professeurs jouer de la guitare.

 

Toutes les bonnes choses ont une fin : Tempête + buissons = catastrophe

Le lendemain matin, nous sommes réveillés par une averse. Des rafales de vents cognent avec violence contre notre hutte pendant que la pluie tombe à flot.
On ne se décourage pas pour autant. On est bien équipé et on a survécu à une falaise la veille. Ce n’est pas une petite pluie qui va nous ralentir !

Avant de repartir, le professeur nous prévient : « On rentre demain avec les enfants. Si vous voulez, on vous fera une place à bord ».

Merci, mais non merci.

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Le cœur vaillant (encore une fois), on entame la marche. La marée monte, il faut profiter un maximum du peu de plage restant.

Très vite, nous ne pouvons plus continuer sur les rochers. Il nous faut remonter sur le versant de la montagne, dans la jungle de broussailles.

La pluie continue de tomber. On avance péniblement. Par endroits, les broussailles font plus de 2 mètres de hauteur. Elles sont gorgées d’eau et n’offrent aucune visibilité.

Après 3 bonnes heures de bataille, on arrive à voir le bout. Les broussailles disparaissent. Et pour cause : il n’y a plus de terre, juste de la roche à flanc de montagne.

Nous sommes trempés jusqu’aux os et la roche est trop glissante pour pouvoir continuer. Trop dangereux, nous devons faire demi-tour.
Résignés, nous retournons dans la jungle.

Soudain, Clo disparaît derrière les buissons puis hurle de toutes ses forces. En se forçant un passage parmi les arbustes, elle est tombée dans un trou complètement invisible et sa cheville droite s’est tordue à l’impact.

Clem l’aide à se relever mais Clo n’arrête plus de pleurer.

Clo : « On ne va pas réussir à retourner au campement ! on va mourir ici ! »

Clem : « Bien sûr que non ! »

Malgré nos 3 heures de marche, nous voyons encore le campement au loin. Nous pouvons les alerter avec une fusée de détresse. Nous avons même une balise GPS Spot qui nous permet de contacter les secours en cas de nécessité.

Mais Clem ne se laisse pas abattre. Il prend le sac de Clo pour l’installer sur son ventre et créer un passage dans la forêt de buissons. La marée recommence à baisser, la plage est à nouveau accessible.

Doucement mais sûrement, on parvient finalement à retourner au campement.

Il faut prendre une décision. Nos vêtements sont trempés, nos chaussures et nos chaussettes sont gorgées d’eau et la cheville de Clo est dans un sale état. Demain, la mort dans l’âme, on prendra le bateau avec les enfants direction Nuuk.

Mais les choses ne sont jamais aussi simples au Groenland… Ça aurait été trop facile de dire : « On rentre » et hop on rentre…

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Suite et fin de notre épopée au prochain épisode !

Clo & Clem

 

2 comments

  1. Dommage ! Votre périple a du être extraordinaire, mais devoir tout quitter comme ça, c’est vraiment nul pour vous.
    En tout cas, votre rencontre avec ces inuits et cette classe d’élève, ça laisse rêveur !

    Bravo à vous encore une fois de nous montrer comment on repousse ses limites 😀

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