Voyager seule : Une aventure d’un an avec seulement 500 $ en poche

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Stephanie, 23 ans, a tout plaqué sur un coup de tête pour voyager. C’était l’année dernière. Elle avait très exactement 500 $ en poche.

Elle n’avait jamais voyagé et s’est retrouvée du jour au lendemain toute seule à l’autre bout du monde.

Nous l’avons rencontrée à bord du voilier, à la fin de son aventure en Australie.

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Une fille simple, attachante et généreuse. On a voulu vous raconter son histoire totalement folle.

Entre système D, galères et merveilleuses rencontres, voici notre entretien avec une fille pas banale 🙂

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Pourquoi as-tu tout quitté du jour au lendemain pour voyager seule ?

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu voyager, tout quitter spontanément pour vivre une grande aventure. Et il se trouve que ma vie a pris un tournant plutôt chaotique, dans mon travail, mes relations sociales etc… Tout s’est écroulé, je me suis peu à peu renfermée sur moi. J’ai arrêté de faire confiance aux gens, à mes proches, à moi. Et puis j’ai eu un déclic. En partant ainsi j’avais besoin de me prouver que je pouvais me débrouiller toute seule.

Comment a réagi ta famille ?

C’était une période noire pour moi. Ils ont compris que j’avais besoin de ce renouveau. Ils savaient que je voulais vivre cette aventure depuis longtemps, et que le moment était venu. Alors ils m’ont soutenue.

Est-ce que tu avais des plans ?

Je n’en avais absolument aucun en partant.

Je savais juste que je partais pour un an. J’ai une amie qui a déménagé à Sydney, elle s’est mariée avec un Australien. Elle m’a proposé de lui rendre visite. J’ai fait mon visa en ligne, et le lendemain je prenais l’avion. Ils pouvaient m’héberger 2 semaines, après quoi c’était le grand inconnu.

Comment as-tu fait pour gérer ton budget durant le voyage ?

Ça n’a pas été simple. Avec 500$ on ne peut pas faire grand chose. J’ai donc appris à voyager autrement. J’ai surtout fait du couchsurfing, et pour les repas je mangeais des choses simples, essentiellement du pain, des fruits. Mes plus grandes dépenses étaient pour le bus, mais là encore je préférais faire du covoiturage ou parfois du stop.

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Comment as-tu connu le couchsurfing ?

J’en avais entendu parler avant mais je n’avais jamais essayé. En vérité j’avais très peur d’être hébergée de cette manière. Ça nécessite de faire confiance à des gens qu’on ne connait pas du tout. Mais je n’avais pas le choix et au final ça a été payant car grâce à ça je me suis fait de véritables amis et j’ai vécu des expériences inoubliables.

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As-tu eu de mauvaises expériences ?

Ma première expérience de couchsurfing a été plutôt désastreuse…. J’étais hébergée par le gardien d’un temple bouddhiste. Il habitait dans un mobile-home posé sur des parpaings. Je me suis installée, après quoi nous sommes directement sortis pour boire une bière. Il m’a dit que c’était une première pour lui d’avoir un rendez-vous avec une fille. D’ordinaire il ne fait que coucher avec les filles qui dorment chez lui. Il m’a donné des exemples de ce que les filles faisaient en échange de l’hébergement, et il a tourné ça de manière à me faire croire que l’idée venait d’elles et non de lui.

J’ai cru que si je lui montrais que je n’étais pas intéressée il comprendrait et respecterait mon choix. Donc je suis restée, mais il a commencé à être de plus en plus insistant, me faisant comprendre qu’il attendait des choses de moi, et plus je le repoussais, plus il se vexait. Mais j’ai résisté et il a fini par comprendre le message car le soir même il a invité une autre fille, et ils ont passé toute la nuit à s’envoyer en l’air dans la chambre juste à côté. Toute la maison tremblait, je n’ai pas dormi de la nuit et j’ai gardé mon couteau près de moi ce soir là.

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Un mauvais début. Pourtant tu as décidé de renouveler l’expérience chez un autre couchsurfer. Pourquoi ?

Je n’avais entendu que de bonnes expériences sur le couchsurfing. Je n’étais pas partie voyager au bout du monde pour me renfermer sur moi. Je ne devais pas rester sur cet échec alors j’ai recommencé. J’ai continué de croire à tous les retours positifs, et la deuxième fois a été la bonne. Le couchsurfer suivant est devenu un véritable ami. Je suis restée chez lui deux mois complets à l’aider dans la construction de sa maison faite de matériaux de récupération. D’autres voyageurs nous ont rejoints, et j’ai adoré cette expérience de vie collective. Deux des meilleurs mois de ma vie.

Tu n’as donc pas eu peur ?

Si ! Au départ j’étais terrifiée !

Quand il est venu me chercher il avait l’air gentil, donc j’ai accepté de venir avec lui. On a roulé longtemps. De temps en temps on croisait une ferme, puis on s’est arrêtés devant cette maison au milieu de nulle-part. Je savais qu’il n’y avait aucun autre voyageur chez lui, que ça n’allait être que lui et moi. J’ai réellement pensé que j’allais mourir car il n’y avait aucune échappatoire si finalement c’était un psychopathe.

Il m’a montré ma chambre, et je me suis enfermée de longues heures toute seule. J’étais vraiment terrifiée ! Mais il a été patient, courtois, généreux. Et peu à peu je me suis sentie bien avec lui. J’ai appris à le connaître, et j’ai découvert une personne extraordinaire. Il m’a enseigné beaucoup de choses et m’a redonné confiance en moi.

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As-tu travaillé durant cette année pour gagner un peu d’argent ?

Je travaillais le long de ma route. Un mois par-ci, deux mois par là… Essentiellement dans des cafés. C’est ce qui me permettait de gagner un peu d’argent pour continuer.

Mais j’ai aussi fait beaucoup de volontariat. À Nimbin par exemple (c’est la ville connue pour sa communauté hippie), je suis restée plusieurs semaines chez un hôte et en échange je l’aidais dans son potager. J’ai aussi appris à installer des tuyaux d’évacuation sous terre, aidé dans des projets de construction de bâtiments… Je suis une fille de la ville (j’ai vécu toute ma vie à Boston). J’ai été surprise de voir à quelle vitesse j’apprenais tout ça, et à quel point ça me plaisait.

Je faisais aussi beaucoup de bénévolat en échange d’activités que je ne pouvais pas me payer. À Cairns par exemple, j’ai été bénévole dans un club de plongée. J’ai fait gratuitement des sorties en mer sur la Grande Barrière de Corail en échange de quelques coups de mains.

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Est-ce que tu t’es déjà retrouvée totalement fauchée ? Si oui, comment as-tu géré ça ?

Oui , je me suis retrouvée plusieurs fois sans un centime ! Et à chaque fois j’ai été très angoissée. Une fois j’ai même regardé sur internet comment vendre mon rein. C’était en arrivant à Cairns. J’ai immédiatement prospecté partout pour trouver du travail. Mais dans les fermes ils n’avaient besoin de personne car la saison des mangues était pratiquement terminée. Dans les restaurants ils ne voulaient pas embaucher un backpacker qui ne restait que quelques semaines. Je cherchais tous les jours, je me rendais directement dans les magasins, je postulais en ligne… Mais malgré tous mes efforts intensifs durant un mois, je n’ai eu aucune réponse positive. C’est là que j’ai eu cette idée de vendre mes organes, j’étais vraiment désespérée. Heureusement, j’étais chez un couchsurfer qui a accepté de m’héberger durant toute la durée de mon séjour. Et finalement, j’ai trouvé du travail dans un petit café.

Tu es à 100% sûr de perdre si tu abandonnes. Il faut persévérer, la chance finit toujours par tourner tôt ou tard.

Quel a été ton plus beau souvenir ?

C’est une question vraiment difficile ! J’ai vécu tellement de choses en un an !

Je vais en choisir un que je n’ai pas encore évoqué…

J’ai été équipière sur un voilier de l’Australie jusqu’en Indonésie (le saviez-vous Clo & Clem :D) ?

L’un de mes meilleurs souvenirs c’est ce premier jour où nous sommes sortis en pleine mer. Les vagues étaient hautes (elles dépassaient parfois les 3 mètres), et le vent violent soufflait des rafales imprévisibles. On fonçait droit dans une tempête, la situation me paraissait dramatique !

Notre voilier a commencé à se pencher à la verticale. Tous les livres, toute la vaisselle, absolument toutes nos affaires ont voltigé dans tous les sens.

Et je ne sais pas pour quelle raison absurde le capitaine nous a laissé calmement la barre. Clément et Claudia sont partis vomir, je me suis retrouvée seule derrière les commandes. Et j’ai adoré ! J’avais le sentiment d’être la reine des mers ! 😀 Derrière la barre, surfant les immenses vagues, je me suis sentie puissante. Plus rien ne me faisait peur. J’étais vivante.

Si tu pouvais recommencer, est-ce que tu repartirais de la même manière ?

Et bien, je dois avouer que c’est une question difficile. Je pense que si j’avais appris dès le départ tout ce que j’ai appris durant le voyage, j’aurai certainement fait des choses différemment. Mais je ne regrette rien car j’ai appris de mes erreurs, et c’est le plus important.

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Quel est le ressenti que tu as sur ton expérience ? Qu’est-ce que tu as appris ?

Quand j’ai décidé de voyager seule, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre.

Durant cette année incroyable,  j’ai appris de nombreuses choses. J’ai tout d’abord vaincu ma timidité, et j’ai appris à saisir toutes les opportunités. Cette aventure a été une succession d’expériences qui m’ont prouvé que je suis forte, que je suis capable de prendre soin de moi, que je suis la seule maîtresse de mon destin. J’ai gagné une confiance en moi que je n’avais pas. Maintenant,  je sais que je peux surmonter chaque difficulté qui se présentera sur mon chemin.

As-tu des conseils à donner aux filles qui voudraient voyager seules comme toi ?

Je pense que je leur dirai de ne jamais laisser quelqu’un leur affirmer qu’elles ne peuvent pas y arriver sous le prétexte qu’elles sont des filles. Même les personnes bien intentionnées peuvent parfois te décourager de prendre des risques en te transmettant leur peur. Le monde appartient à ceux qui prennent des risques, alors FONCEZ ! Bien entendu, comme partout, il y a des dangers, alors il faut toujours rester vigilante. C’est très important de suivre son instinct à propos des gens que tu rencontres sur la route. Si tu as des doutes sur une de ces personnes, pars. Tu la blesseras peut-être, mais tu dois d’abord penser à toi, à ta sécurité, parce que personne d’autre n’y pensera pour toi. J’ai trouvé utile, et rassurant d’avoir un plan de secours au cas où (je gardais par exemple toujours une pièce de monnaie au cas où je devais prendre un bus pour partir). Malgré toutes ces précautions il faut apprendre à ne pas avoir peur. La peur nous empêche souvent de faire de merveilleuses rencontres. Il faut trouver l’équilibre, et ça ce n’est possible qu’en voyageant 🙂

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On espère que cette interview vous a plu, vous a inspiré, vous a donné envie de voyager à votre tour. Nous avons eu la chance de voyager 2 mois avec Stephanie. Nous avons beaucoup appris à ses côtés. Quand on est sur la route ce n’est pas toujours tout rose. On ne vous promet pas que vous allez manger tous les jours à votre faim, mais on vous promet ça : « Rester c’est exister, voyager c’est vivre ».

Alors, quand est-ce que tu pars ?

 

À très bientôt pour un nouvel article 🙂

Clo & Clem

 

PS : Thank you very much Stephanie for taking the time to reply to our questions. You are amazing <3 Never forget our motto « Are you ready for this ? » 😀

6 comments

  1. Très beau récit. Les filles, il faut s’en inspirer, il y a tellement de beaux endroits à découvrir.

    Si on abandonnes on est sur de perdre à 100%.

    Je confirme, j’ai perdu quand j’ai abandonné, fauché, en Australie. et tous les jours depuis 2.5 ans, je regrette mon choix d’avoir abandonné.

    Bravo à toi.

  2. J’approuve à 100%. Je suis aussi partie un an pour un premier voyage seule en Amérique Latine. Ma famille, mes familles, beaucoup voulaient essayer de me décourager pour me protéger.
    Et comme Stéphanie, j’ai appris que je pouvais me débrouiller seule et aussi que quand on a besoin d’aide, l’aide vient à toi. Jamais les gens ne te laisseront dans la merde.

  3. Actuellement en Australie, je suis plus ou moins parti pour les mêmes raisons et avec aussi peu de planification de mon voyage (vivre au jour le jour).

    La je suis dans la passe « galère » à chercher un travail en ferme pour mon second visa.

    Autant dire que ça n’est pas facile, vu le nombre de backpackers présents en Australie.

    Mais, après tout on part pour se prouver à soi même que l’on peut survivre et remonter la pente même dans les pires moments.

  4. Témoignage vraiment génial et inspirant pour les filles qui aime le voyage! Je ne suis jamais partie seule encore, mais je l’envisage, et ça donne envie de voir qu’on peut se débrouiller avec peu de moyens comme ça 🙂
    PS : je viens de découvrir votre blog et c’est génial! De l’enthousiasme comme ça et plein de conseils, vraiment cool, beau travail ! 😀

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